Raiponce dans sa tour

Je vis au neuvième et dernier étage d’un immeuble. J’ai vu sur Paris et sur la Défense. Sur le quartier chic de la ville et sur la cité. Je vois le parc et le bitume. Cinq jours par semaines, je fais l’aller et retour jusqu’à mon travail à pieds. Je bosse sans m’arrêter, même sur la pause du déjeuner. Je trouve toujours quelque chose à faire et je ne me plains pas. J’arrive généralement avec quelques minutes du retard, mais je repars toujours après l’heure. Je dois bien faire deux ou trois heures en trop par jour, parce que je le veux, que je suis passionnée par ce que je fais.

Je travaille avec deux personnes qui sont de vrais amis et je me sens à l’aise avec eux deux. Je gronde souvent, mais je suis toujours contente. J’ai du mal avec le contact, je hais faire la bise et serrer la main. Avec le COVID, j’ai de la chance. Plus personne ne me trouve étrange de ne pas le faire !

Dans la semaine, ma sœur Sarah m’appelle régulièrement. Je suis contente d’avoir des nouvelles d’elle, de Mike et de leurs enfants. J’envoie parfois quelques messages à des amis, mais je ne suis pas forcément à le faire. Je suis pas du genre à donner des nouvelles. Je suis pas vraiment du genre à dépendre de quelqu’un.

La semaine, je regarde des séries Netflix. Avec mon père, on regarde Snowpiercer. Le samedi ou le dimanche matin, je regarde Riverdale. Je regarde quelques fois les informations, pas souvent. Ils répètent tout le temps la même chose et je trouve ça anxiogène et sensationnel. Je crayonne parfois, je corrige le livre que j’aimerai publier, je lis beaucoup des romans, des webcomic et BD.

Je passe du temps sur mon téléphone portable. Sur un jeu pour filles d’histoire, sur tik-tok à regarder des vidéos et sur une application pour apprendre l’anglais. J’ai pas tellement progressé, mais j’espère que je me sentirais assez à l’aise pour pouvoir parler avec la moitié de mon meilleur ami quand on se reverra. J’ai une paralysie d’être ridicule. J’ai peur de pas dire le bon mot, d’avoir l’air stupide… Il faut se lancer, je le sais. Je sais que je dois me lancer.

Quand arrive les deux jours de repos, je ne sais pas quoi faire. Je pourrais sans doute aller voir mes parents, voir mes soeurs ou mes frères mais, j’aime pas dépendre de ma famille et j’ai l’impression que c’est souvent dans un seul sens, aussi je préfère ne pas m’y rendre. Je pourrais appeler des amis, mais à quoi bon ? Pour dire quoi ? J’aime ma vie, mais elle est routinière. Rien de nouveaux sous mes étoiles. Alors je m’enferme dans ma tour.

Je peints, je dessine, je fais un peu de ménage, un peu de lessive, j’écris, je mets netflix un documentaire en fond sans le bruit juste pour voir de belles images bucoliques, je mets la musique sur l’enceinte, je mange quand j’ai faim, je bois quand j’ai soif, je grignote quand j’en ai envie. Je m’allonge, je rêvasse, je répare des appareils électronique, je joue à des anciens vidéos. Je me dis que je devrais aller sur des sites de rencontre ou des sites pour se faire des amis, ou que je devrais me remettre aux RP, mais d’un claquement de doigts, je me retrouve au matin du travail sans avoir fait le début d’un éclat de VAE, un effort pour sortir de ma bulle ou un pas vers l’inconnu.

Je retourne travailler, je m’amuse, je taquine, je plaisante, j’écoute. J’échange. Je reconnais que parfois je mens un peu, pour avoir l’air normale, je trouve des soirées qui n’ont jamais eu de lieux, et des sorties qui n’ont pas eu lieu. J’ai appris avec le temps à avoir l’air normale. A ne pas avoir l’air d’une fille coincée dans une tour. Car je n’attends pas de Prince Charmant venant me délivrer. J’ai pas envie d’être sauvé. Je contrôle mon budget, mon travail, mes interactions, ce que je mange, ce que je dis, ce que j’écris. J’ai jamais été très doué dans le relationnel. Familial, amical, amoureux, ou autre. Je préfère laisser ça à d’autre.

Pour autant, je ne suis plus en manque. Je vis des instants uniques. Mais parfois, comme Raiponce, je rêve d’aventure et je me demande si je vis la vraie vie. Mais je crains aussi, à l’instar de la chèvre de monsieur Seguin, de ne pas regarder du bon coté.

Un mot à mettre ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.